«Vegan» ou « Comment une Assemblée Générale m’a ramené à moi-même »

10 avril 2018. Une Assemblée générale de fin d’année assez routinère. La grosse question: est-ce qu’on aurait quorum jusqu’à la fin de l’ordre du jour? 

Dans l’auditorium, j’étais assise en arrière, à la gauche quand tu faisais face au-devant de la classe. Venant tout juste d’être élue présidente de l’AED pour la prochaine année, j’étais avec ma nouvelle équipe, et nous attendions de voir attentivement si des décisions allaient être prises qui auraient un impact sur nous.

Depuis le 10 avril 2018, l’AED a une position à l’effet que la viande ne peut être offerte lors des repas dans ses activités. La position a été prise majoritairement en raison de l’impact environnemental de la production de la viande, comme façon concrète d’aider la cause (primordiale) de l’environnement. 

Le vote était 46 pour, 40 contre, avec 5 abstentions.

Ce ne devrait pas être une surprise, avec le titre, que je sois vegan: je ne mange aucun produit animalier, je ne porte pas de produits d’origine animale tel que le cuir, j’évite les produits testés sur les animaux et je ne tue pas les bibittes

Mais le 10 avril 2018, j’étais une des 40 personnes contre.

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Dans le temps, je mangeais encore de la viande, mais je voulais faire la transition vers le végétarisme, avec le plan éventuel d’être vegan. J’étais consciente non seulement de la souffrance associée aux industries animales, mais également de l’impact environnemental énorme de cette industrie. Je savais que changer mon alimentation  pour y enlever les animaux et les produits animaliers allait indéniablement avoir un impact. Je ne l’avais juste pas encore fait. One day, que je me disais. Après un dernier bout de fromage, et un dernier, et un dernier… C’était difficile pour moi de faire le saut, de changer mon alimentation. Qu’on le veuille ou pas, ce n’est pas facile de se départir de ses habitudes de vie, surtout quand c’est la norme dans la société. 

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J’ai toujours été celle qui voulait changer le monde, et j’ai toujours été de ceux qui pensent que la meilleure façon de changer les problèmes inhérents et systématiques de notre société est de commencer par nous-mêmes. Les vrais changements ne vont pas se faire par un changement de loi ou de politique, ou par des beaux mots prononcés par nos politiciens. Le vrai changement se fait à plus petite échelle: ce que chaque personne individuelle peut faire. Si chaque personne faisait un petit pas, un petit changement dans leur façon de faire ou de penser ou, contexte de ce blogue oblige, de manger, l’impact au final serait énorme. Ce n’est pas pour dire que les changements législatifs n’ont aucun pouvoir, au contraire même, mais c’est simplement pour dire que tous les changements législatifs au monde auront un impact minime si les gens ne changent pas leurs habitudes et leurs perspectives. Surtout dans le monde capitaliste dans lequel on vit, power to the consumer

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Avant de continuer, pourquoi utiliser l’anglicisme vegan, au lieu du français végétalien? Pas en raison des mes racines anglophones (penses-y même pas), mais en raison des définitions différentes données à chacun des mots. Végétalienne est la personne qui ne mange aucun produit animalier. Vegan est l’éthique construite autour de l’idée qu’il n’y a aucune hiérarchie entre les espèces, alors c’est immoral d’exploiter les espèces animales. Pour moi, être vegan s’inscrit dans une vision holistique et intersectionnelle où ayant des privilèges inhérents, je le dois au monde et à moi-même de les utiliser de façon productive dans le meilleur intérêt de tous. Être vegan s’ajoute à des efforts quotidiens d’être anti-raciste, anti-sexiste, anti-homophobe, anti-xénophobe, anti-transphobe. Être vegan s’ajoute à des efforts de conservation de l’environnement, de zéro-déchet. Être vegan s’ajoute à l’importance de l’entraide, de gentillesse et de douceur envers soi-même et envers les autres. C’est un tout complet pour moi. 

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Les études que j’ai faites avant de me retourner vers le droit ne peuvent être plus différentes. Au lieu de me préoccuper sur les conditions d’une prise en paiement et la restitution d’un contrat, mes journées cégépiennes et universitaires étaient passées à étudier les grèves minières de 1969 au Royaume-Uni, la philosophie de la Grèce antique, les formes du Bouddhisme propres au Japon et j’en passe. Dans mon temps libre, je faisais du bénévolat dans les résidences pour personnes âgées, mais j’écrivais aussi des articles contre l’Islamophobie qui m’ont mérité des beaux commentaires sur internet (never read the comments). Quand l’Assemblée générale des étudiants au niveau du baccalauréat (de toutes facultés confondues) passait des motions relatives au respect des droits humains ou qui prenaient une position forte, j’y étais, assise par terre pendant des heures. J’ai choisi d’écrire ma courte thèse de premier cycle sur le racisme dans les prisons américaines dans la deuxième moitié du 20e siècle. Tout ce que je lisais, que j’étudiais, que j’écrivais, était pour étancher ma soif de mieux comprendre notre histoire, notre société, les erreurs de l’espèce humaine, afin de pouvoir faire quelque chose pour améliorer la condition humaine et le monde dans lequel on vit. Rester indifférente, refuser d’utiliser mes privilèges pour quelque chose de constructif, ce n’est pas pour moi. C’est exactement cette raison qui m’a poussée à étudier en droit, de changer mes plans de vie et de carrière et de refaire un baccalauréat après en avoir déjà complété un.

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Pour moi, manger végétalien et vivre une vie vegan est la façon de me rappeler à tous les jours que si je veux changer le monde, je dois commencer par moi-même, que je fais ce que je fais pour les autres, et pas pour moi-même. Ça commence à être long, être sur les bancs d’école et non out there, en train de poser des actes concrets, pendant dix ans (et ce n’est pas fini) d’études postsecondaires. On dit que le chemin n’est pas toujours linéaire, mais il n’y a pas qu’un seul chemin et il y a un parc d’attractions remplis d’obstacles. J’ai souvent douté de mes choix (plutôt, je doute encore de mes choix parfois), surtout en 2020 où on a tous perdu nos repères et notre stabilité. Ce peut être tentant d’abandonner. Dans ce temps sombre et incertain, où tout est terrible, c’est difficile de sentir autre chose que de l’impuissance. C’est très facile de se dire, à la vue de tout ce qui va mal partout dans le monde, que l’on ne peut rien faire.

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De retour au 10 avril 2018. Mes idées et mon éthique n’étaient pas disparues, mais ce serait mentir de dire que mes intentions et passions n’étaient pas plus concentrées, de 2016 à 2019, entre les quatre murs de la faculté. En plus des études déjà assez intenses, je ne comptais plus les heures de mon implication.

J’avais voté la motion «contre» en Assemblée générale car sur le coup, tout ce que je pouvais penser, c’était les activités étudiantes de l’année prochaine, à comment la position de ne plus avoir de la viande dans nos événements allait complexifier le tout. Assez shortsighted de ma part, comme on dit, je le reconnais et je l’assume. 

Pendant ma présidence, cette position a été discutée et contestée de façon assez régulière. Presque tout le monde avait quelque chose à dire sur le sujet. Tous les arguments, opinions et points de vue possibles ont été sortis, et moi j’écoutais. J’avais un mandat lors des Assemblées générales, je ne pouvais pas vraiment dire ou faire quelque chose contre ce mandat-là, et le plus que j’écoutais, le moins j’aurais voulu. 

Je me suis rappelé qu’autant j’adorais la faculté et je voulais tout faire pour elle, il y avait un monde à l’extérieur, un monde problématique avec des systèmes problématiques. Un monde qui est en train de s’entre-tuer, avec tant de haine, de discrimination. Un monde qui est en train de mourir, les impacts de l’exploitation humaine étant trop forts. 

J’ai retrouvé les raisons (et les sujets associés) qui m’ont amenées au droit en premier lieu, mais j’ai aussi décidé que c’était le temps, pour des raisons environnementales en premier lieu (the world is on fire, and not just in Australia or California), to practice what I preach. J’ai commencé ma transition végétarienne, et depuis six mois, j’ai complété ma transition vers une alimentation végétalienne, et j’ai redoublé d’efforts vers une vie vegan, pas juste au niveau de la nourriture.

J’ai toujours été celle qui voulait changer le monde. Back to work

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