La petite histoire d’un éveil de conscience

La première fois que j’ai entendu parler du Fonds étudiant pour la défense juridique des animaux (FEDJA), je venais tout juste d’entrer à la Faculté de droit de l’Université de Montréal. Pleine de bonne volonté, j’aspirais à défendre la veuve, l’orphelin, les arbres et les fleurs. Je me disais alors : « Bien sur, les animaux ont probablement besoin d’être défendus, mais pourquoi y mettre mon énergie si tant d’êtres humains sont victimes d’injustices chaque jour et cherchent de l’aide ? »

J’étais très soucieuse de faire des choix écologiques, j’achetais équitable, je faisais du yoga et, comme toute résidente du Plateau qui se respecte, je me proclamais fièrement « flexitarienne ». Tout cela m’a amenée à faire un constat : le monde dans lequel nous vivons est constitué des interactions entre l’environnement et les animaux (humains ou non) qui y vivent. « Quelle évidence ! », me direz-vous, nous faisons partie d’un écosystème. Or, il est de plus en plus clair que nous ne pourrons pas atteindre un bonheur collectif durable si celui-ci se fait au détriment des autres espèces et de l’environnement [1].

 

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Source image : Unsplash

Par ailleurs, si, en tant qu’êtres humains nous bénéficions de droits fondamentaux, sur quoi nous basons-nous pour affirmer que les animaux n’y ont pas droit ? L’intelligence ? La conscience de soi ? La question de l’égalité animale a été posée par de nombreux philosophes et juristes, dont Peter Singer est la figure de proue [2]. En réponse à ces questions, posons la suivante : un être humain qui ne serait pas doté d’intelligence, qui ne serait pas capable de parler, de comprendre ou qui ne serait pas conscient de sa propre existence, bénéficierait-t-il de droits fondamentaux ? Bien sûr, c’est une évidence pour tout le monde, car l’inverse causerait une commotion éthique et morale terrible.

Pourquoi alors, un chien, qui possède l’intelligence d’un enfant de deux ans [3] ainsi que la capacité de ressentir des émotions et d’interagir avec les autres [4], n’aurait pas de droits fondamentaux ? Parce qu’il n’est pas de la même espèce que nous ?

Euh… pardon ?

Cette affirmation paraît anodine, mais est en fait lourde de sens. Nous avons décidé, en tant que société, d’octroyer des droits fondamentaux à nos semblables via des Chartes consacrant nos droits et libertés [5]. « Nos semblables », ce sont assurément les autres êtres humains.

Or, cette logique ne ressemble-t-elle pas à celle qui prévalait lorsque certains êtres humains disaient : « Ces esclaves ne sont pas des humains parce qu’ils ne sont pas de la même race que nous. » ou encore : « Les femmes ne sont pas des êtres humains à part entière parce qu’elles ne sont pas du même sexe que nous. » ?

Comprenons-nous bien : mon but n’est pas de comparer qui que ce soit avec des racistes ou des sexistes. Nous naissons dans une société où certaines rationalités [6] dominent notre sens logique et il devient alors normal de hiérarchiser les espèces entre elles.

Au début du siècle dernier, il apparaissait tout à fait saugrenu qu’une femme puisse voter [7], signer un contrat alors qu’elle était mariée [8] ou accéder à la profession d’avocate [9]. Cette situation était alors considérée normale, même par la Cour suprême du Canada [10]. Il est donc fort possible que ce qui nous parait normal aujourd’hui puisse en fait constituer une forme de discrimination, sans même que nous ne nous en apercevions.

C’est pourquoi cette réflexion m’a amenée à me dire ceci : «  Je peux aspirer à défendre la veuve, l’orphelin, les arbres, les fleurs et les animaux. En effet, si ceux-ci, qui sont particulièrement vulnérables aux actions des humains, méritent des droits fondamentaux, je ne peux demeurer dans le déni et la passivité. »

Depuis ce jour, je suis devenue végane. [11]

 


 

Sources :

[1] D’après l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture: « Toutes filières de production animale confondues, les émissions de gaz à effet de serre (GES) s’élèvent à 7,1 gigatonnes d’équivalent CO2 par an – soit 14,5 pour cent de toutes les émissions d’origine anthropique. », http://www.fao.org/news/story/fr/item/198099/icode/

[2] Peter Singer: The animal liberation movement, Old Hamon Press, Notingam, Angleterre, 1985

[3] « Dog’s Intelligence on Par with Two-year-old Human, Canine Researcher Says », http://www.sciencedaily.com/releases/2009/08/090810025241.htm

[4] « Dogs Are People, Too », http://www.nytimes.com/2013/10/06/opinion/sunday/dogs-are-people-too.html?pagewanted=all&_r=0

[5] À titre d’exemple : Charte des droits et libertés de la personne, L.R.Q., c. C-12,

[6] Droit de vote des québécoises », http://www.electionsquebec.qc.ca/francais/provincial/vote/droit-de-vote-des-quebecoises.php

[7] « La justice sous les régime français : les femmes et la justice », http://www.justice.gouv.qc.ca/francais/ministere/histoire/femmes.htm

[8] Langstaff v. The Bar of the Province of Québec, (1915) 47 C.S. 131

[9] Id.

[10] « Plus de 150 nouveaux mots dans Le Petit Larousse 2015 » : « Le «véganisme», un mode de vie venu d’Amérique, alliant végétalisme et refus de consommer tout produit issu des animaux ou de leur exploitation, a aussi désormais droit de cité. », http://www.lapresse.ca/arts/livres/201405/21/01-4768647-plus-de-150-nouveaux-mots-dans-le-petit-larousse-2015.php

Source image à la une : Unsplash

 

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